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L'an 62 après Dieu: L'année des préparatifs

Sujet créé par Unpuis le 08/06/2016 à 19:42 (édité le 10/01/2018 à 14:37)
Chapitre 1 : L’an 62 après Dieu : l’année des préparatifs


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Albert Einstein a écrit:Je ne m'inquiète jamais de l'avenir. Il arrive bien assez tôt.

Le ministre de la Justice, Marcus Cornell, sortit du train magnétique, accompagné de ses deux gardes du corps, un homme et une femme qu’il soupçonnait d'entretenir une relation amoureuse en dehors des heures de travail. Marcus Cornell, qui avait été Colonel autrefois, n’appréciait généralement pas la présence de quiconque pour veiller sur sa sécurité, jugeant qu’il n’en avait pas besoin. Aussi le voir ainsi surveillé était-il rare, plus encore pour une telle sortie, presque devenue une routine depuis son accession au Pouvoir, onze ans auparavant. Il revenait en effet d’une inspection des quartiers de police de Doublonville et songeait avec mauvaise humeur à la paperasse qui l’attendait le lendemain. Mais pour l’heure, il avait un rendez-vous strictement amical au centre de Safrania, dans les locaux de la Sylphe SARL, avec son PDG actuel, le Professeur Higgs, qui occupait aussi le poste de Ministre de la Santé.

En sortant de la gare, l’ancien Colonel pesta en constatant qu’il pleuvait. Il faisait presque nuit et les nuages noirs ne laissaient rien présager de bon. Le garde du corps masculin fit une remarque sur les risques qu’encourrait le costume de son patron, ce qui provoqua le petit rire nerveux de sa comparse et le regard noir du Colonel. L’homme déglutit et détourna le regard avant de suivre les autres sous la pluie. Pressant le pas, le ministre Cornell voyait déjà de bien loin les hauts bâtiments de la Sylphe Sarl. Cette entreprise était la référence technologique de tout Kanto et Jotho, et exportait aussi dans toutes les autres régions du monde. Ce n’était qu’une des nombreuses corporations du Professeur Higgs, qui était considéré, sûrement à raison, d’homme le plus riche et le plus puissant du monde, en dehors, peut-être, des cinq chefs d’Etat qui forment le Gouvernement Mondial.

Après une bonne dizaine de minutes de marche, trempés, le ministre et ses garde-du-corps parvinrent enfin à se réfugier sous le toit de la Sylphe Sarl. Il n’y avait quasiment plus aucun employé à cette heure, hormis quatre agents de sécurité. Une jeune femme aux cheveux rose débarqua et, lorsque Marcus se présenta, elle s’inclina et lui demanda de le suivre. Il se retourna vers ses employés et leur recommanda de se rendre au Centre Pokémon pour la nuit. L’homme acquiesça en ronchonnant et son homologue féminin se contenta de soupirer en repensant à la pluie. Mais ils se dirigèrent tout de même vers la porte qu’ils venaient de franchir, prêts à affronter l’averse de nouveau.

Le Colonel suivit la jeune femme. Celle-ci ressemblait comme deux gouttes d’eau à une infirmière de la famille Joëlle, ce qui étonna le ministre. Ils entrèrent tous les deux dans un ascenseur privé et la demoiselle appuya sur le bouton le plus haut disponible. C’était le seul ascenseur de tout l’immeuble à conduire directement au bureau et aux appartements du Professeur Higgs.

Lorsque les portes de la machine s’ouvrirent, Marcus Cornell put voir, sans surprise, qu’ils étaient au plus haut du bâtiment. Il pouvait observer presque toute la ville de Safrania depuis les baies vitrées. Il voyait aussi, pas loin de là, quelques éclairs. Le tonnerre grondait. Ce n’était pas un temps à laisser un Snubbull dehors. La jeune femme passa devant lui et lui montra le chemin à suivre dans le long couloir. Ils passèrent devant plusieurs portes avant d’atteindre celle du bureau du Professeur. Elle frappa trois fois à la porte.

- Entrez ! lança une voix.

Elle ouvrit la porte, fit quelques pas et s’inclina légèrement. Marcus entra lui aussi et adressa au professeur Higgs en grand sourire courtois.

- Bonjour, professeur.
- Ha ! Marcus Cornell !
répliqua vivement le vieillard en se levant de son bureau pour se diriger vers lui. C’est un plaisir de vous revoir.
- Moi de même, professeur.


Ils échangèrent une poignée de main. Bien qu’il soit très âgé, le professeur avait encore la poigne vigoureuse et semblait encore déborder de vitalité malgré le poids des années. Il n’avait aucun problème de santé apparent et on lui aurait facilement donné une ou deux décennies de moins. Il avait encore des cheveux gris.

- Vous pouvez nous laisser, Pandora, adressa le professeur Higgs à son assistante, qui répondit en s’inclinant à nouveau avant de sortir. Asseyez-vous, asseyez-vous. Je vous sers un petit rafraîchissement, Colonel ?
- Volontiers
, répondit Marcus.
- Vous aimez l’essence de Maracachi, je ne me trompe pas ? demanda le vieillard en se dirigeant vers un petit frigo.
- Non, c’est exact, confirma le Ministre Cornell, surpris qu’on lui propose directement son alcool préféré.
- J’en ai justement ramené d’Unys lors de ma dernière visite, la semaine passée, en pensant à notre petite entrevue à venir, précisa le professeur Higgs en sortant la bouteille à l’effigie du Pokémon Cactus. Un alcool fort, très fort, mais qui, je pense, vous rappelle vos années de service.
- C’est pendant cette période que j’en ai bu pour la première fois
, répondit le Colonel en souriant. Comme toujours, vous êtes plutôt bien renseigné.
- Pas plus que les autres ministres, répondit l’homme. Seulement, quand on parle de détails qui paraissent insignifiants, au contraire de la plupart des gens, j’écoute et je garde tout en mémoire.


Il servit un généreux verre d’Essence de Maracachi à son collègue et se servit pour lui-même un verre de vin d’une bouteille poussiéreuse portant les insignes de Kalos. Ils entrechoquèrent leurs verres et en burent quelques gorgées avant de reprendre la conversation.

- Votre assistante ressemble énormément aux infirmières Joëlle, commenta le Colonel. J’ai été un peu surpris quand vous l’avez appelée Pandora.
- Vous avez raison, Pandora était à la base destinée à être une infirmière, comme toutes les autres
, répondit le vieil homme. Seulement, j’ai décelé en elle quelques qualités et, franchement, avoir une spécialiste des soins à mes côtés est plus prudent avec mon âge.
- Vous me semblez pourtant en pleine forme
, reprit Cornell dans un sourire. On ne peut pas en dire autant de toutes les personnes de votre âge.
- Oui je sais
, soupira l’homme. Voyez cette chère Dorothéa, vous savez, mon ancienne sous-directrice ? Elle se déplace désormais en fauteuil. A la pointe de la technologie, certes, mais ce n’est pas rien pour autant. Enfin, au moins, ni elle ni moi ne perdons encore la tête, comme certains.
- J’ai cru comprendre qu’elle avait du mal à se faire à sa retraite
, fit remarquer Marcus Cornell.
- Oui, elle a fondé un petit laboratoire indépendant je crois, dit le Professeur d’un air absent. Je n’ai aucune idée de ce qu’elle y fait, mais il faut bien qu’elle s’occupe… Vous en savez peut-être plus ?
- Rien du tout
, mentit le Colonel avant de reprendre précipitamment une gorgée. Mais si elle est bien une ancienne infirmière, pourquoi l’avoir appelée Pandora ?
- Vous ne pensez quand même pas que toutes les infirmières s’appellent Joëlle ?
plaisanta l’homme. Chacune d’elle possède une série de trois prénoms pour se reconnaitre entre-elles. D’autant que Joëlle est plus une… marque de fabrique qu’un nom de famille.
- C’est-à-dire ?
demanda le Ministre de la Justice en plissant les yeux.
- Les infirmières que nous recrutons peuvent venir de n’importe quelle famille, tant qu’elles remplissent certaines conditions, répliqua l’homme. Mais dites-moi plutôt, mon très cher Marcus...

Le Professeur Higgs se redressa sur sa chaise et se rapprocha de son collègue en croisant les doigts. Il avait quelque chose dans le regard qui venait de changer et qui mettait Marcus Cornell mal à l’aise. Il n’entendait plus le clapotis assourdissant des gouttes d’eau ni le grondement des éclairs. C’était comme si d’un seul coup la pression terrestre s’était intensifiée et qu’il se trouvait seul à seul avec le professeur dans une autre dimension. Et pourtant, ils n’avaient pas quitté le bureau et l’orage au dehors continuait de faire rage.

- Vous êtes certain de ne pas savoir ce que fait Dorothéa Crowfoot de tout son temps ou bien tentez-vous de me cacher quelque chose ?



Plusieurs étages plus bas, les agents de sécurité continuaient leur ronde habituelle, en solo, de manière monotone. Eux-mêmes étaient surveillés par des caméras tandis qu’un homme obèse, tout droit sorti des pires clichés au sujet de son métier, entamait sa deuxième boite de Donuts Hoopa de la soirée. Il restait néanmoins à l’affut, sachant pertinemment que la Sylphe Sarl était souvent la cible de bandit à la sauvette ou d’associations diverses qui protestaient contre les expériences de la société ou pour se faire remarquer.

L’un des hommes, armé de sa lampe de poche et accompagné de son Caninos, sentit son Talkie-Walkie vibrer dans sa poche. Dans un crachotement difficilement audible, il comprit qu’on lui demandait de venir à la réception. Etonné, il rebroussa chemin et lui et son Pokémon accoururent. Il fut étonné de n’y trouver personne, et encore plus de voir un sac duquel dépassait une bouteille. Méfiant, il se rapprocha et ouvrit le sac avec sa lampe de poche. Il constata, en plus de la bouteille, une étrange sphère. Il l’a pris en main et l’éclaira avant de la rapprocher de son visage pour mieux l’observer. Puis il entendit un petit cliquetis provenir de l’objet et une odeur de citron emplit ses narines avant qu’il ne tombe, endormi. Son Pokémon aboya et se rapprocha de la sphère. Il la renifla et tomba, lui aussi, dans les bras de Cresselia. Aussitôt, l’illusion de Zoroark cessa, et quatre personnes encagoulées purent enfin bouger de leur cachette, accompagnées de quelques Pokémon.

- Et de quatre ! lança un homme d’une quarantaine d’année. Je vous avais dit que ce serait facile.
- C’est la vue de la bouteille qui les a tous fait rappliquer
, plaisanta un autre homme, âgé d’environ 60 ans.
- Mais, Arceus soit loué, ils ont d’abord joué avec le piège avant de tenter d’en boire, répondit l’autre en ouvrant la dite bouteille avant d’en siphonner quelques gorgée.
- Arrête ça, Billy ! protesta la seule femme, un Métamorph sur les épaules, en la lui arrachant des mains. On a encore du travail, je te ferai remarquer.
- Ne l’appelle pas par son nom !
renchérit le plus vieux de la bande. On doit s’appeler par nos noms de code !
- Pourquoi faire, papy ?
demanda le dénommé Billy. On a Kate qui pirate leurs caméras, on s’en fiche.
- Mais ils ont peut-être des micros ! Puis je ne suis pas Papy, je suis Dracolosse !
- Heu non, on avait dit que tu étais Chartor, Al’…
fit remarquer l’homme de la soixantaine.
- Ha bon ? s’étonna le concerné. Tu es sûr, Neitram ?
- Aussi sûr que mon nom de code à moi, c’est Ptéra
, répliqua-t-il en soupirant.
- Vraiment ? Et les noms de codes de Billy et El…
- C’est Tentacruel et Ratatac, professeur…
l’interrompit la jeune femme.
- Oui, d’ailleurs, est-ce qu’on pourrait me réexpliquer pourquoi on m’a mis Ratatac ? demanda Billy.
- Mais stop ! s’écria celui qui voulait se faire appeler Ptéra. On perd du temps inutilement, on a du travail, on règlera ça après. Tentacruel et Ratatac, vous savez ce que vous devez faire ?
- Oui
, répondirent-ils en cœur.
- Parfait, alors allez-y déjà, moi et Chartor on s’occupe du reste.
- Chartor ?
répéta le vieillard.



Assis dans son siège et dégustant un délicieux donuts, le vigile n’avait absolument rien remarqué d’anormal. Les gardiens continuaient d’effectuer leur ronde, toujours la même, sans aucun incident. Il n’avait pas remarqué que ces allers et venues étaient exactement identiques et que les vidéos de sécurité avaient été piratées pour tourner les mêmes images en boucles, encore et encore. C’est alors que quelque chose attira son attention au quatrième étage. La caméra qui filmait l’ascenseur montrait clairement que l’un d’eux venait de s’ouvrir, laissant en sortir quatre personnes encagoulées, ainsi qu’un Amonistar, un Arbok et un Mélodelfe. La surprise lui fit lâcher sa pâtisserie et, sans plus attendre, il composa le numéro des responsables de la sécurité de chaque étage, pour les prévenir afin qu’ils réagissent. Puis, après avoir hésité quelques minutes, il se décida à contacter son employeur, le professeur Higgs.



Au plus haut de l’immeuble de la Sylphe Sarl, le professeur Higgs s’était relevé. Il faisait désormais dos à Marcus Cornell et regardait par la fenêtre le sombre ciel de cette soirée d’orage. Il sirotait son verre de vin et n’avait plus dit un mot depuis que le Ministre de la Justice lui avait assuré ne pas savoir ce que faisait Dorothéa Crowfoot de sa retraite. Marcus s’était rarement sentit aussi mal à l’aise qu’en ce moment précis.

- Vous n’êtes pas sans savoir que Dorothéa ne partage plus les mêmes convictions que nous, Colonel ? dit-il calmement après un grondement de tonnerre.
- Chacun a le droit d’être en désaccord avec d’autres personnes, fit remarquer son interlocuteur.
- Dites-vous cela pour mademoiselle Crowfoot ou bien… pour vous-même ?

Il avait dit cela en se retournant pour de nouveau lui faire face au même moment qu’un éclair illuminait le ciel, donnant à la scène un côté mystique qui surprit le Colonel. Lui qui gardait habituellement son sang-froid en toute circonstance se sentait désormais un peu désemparé par le vieillard, bien plus retors qu’il ne l’imaginait. Il n’était pourtant pas si imposant physiquement, mais il dégageait une telle aura de puissance que le Colonel aurait bien pris la fuite si sa présence dans ce bureau n’était pas importante. Il déglutit et prit son courage à deux mains en se redressant un peu dans son fauteuil, s’efforçant de paraitre le plus sincère possible.

- Professeur Higgs, commença-t-il. Je vous jure que, tant que nous serons tous les deux fidèles à l’Etat et au Gouvernement Mondial, nos opinions ne différeront pas. Et ma fidélité envers l’Etat de Kanto-Jotho est sans faille.
- Voilà une réponse admirable
, répondit le professeur en souriant. Vous savez vous aussi choisir correctement vos mots…

A ce moment, un téléphone rouge sursauta sur le bureau du Professeur, accompagné d’une sonnerie sobre. Higgs releva les sourcils, surpris, tandis que le Ministre retenait son souffle en fixant l’appareil. Puis le vieil homme s’empara du combiné et le posa près de ses oreilles.

- Higgs à l’appareil, lança-t-il.
- Professeur ! s’exclama la voix paniquée du vigile des caméras. On a une intrusion au quatrième étage !
- Une intrusion ?
répéta Higgs. Eh bien, envoyez des agents de sécurité. Comment se fait-il qu’ils soient parvenus si loin avant d’être repérés ?
- Je ne comprends pas, monsieur… Je suis resté éveillé tout le temps mais je n’ai rien remarqué qui sorte de l’ordinaire.
- Et les agents au rez-de-chaussée ?
- Je n’arrive pas à les contacter et ils continuent de faire leur ronde…
- Transmettez les images des caméras dans mon bureau
, soupira le vieux professeur avant de raccrocher.

Higgs déposa son verre et l’appareil sur son bureau et poussa un profond soupir. Il se dirigea ensuite vers un meuble en bois taillé et couvert de symboles gravés main dont il ouvrit les portes, dévoilant plusieurs écrans de tailles diverses. Le Ministre de la Justice se releva et s’approcha en adressant un regard interrogatif à son hôte. Sans lui prêter attention, celui-ci appuya sur un bouton et les écrans s’allumèrent. Après quelques réglages à la télécommande, l’écran central, qui était plus grand que les autres, afficha les images du quatrième étage.

Il y avait en effet quatre personnes sur place. Ils avaient caché leurs visages et ils donnaient des ordres à leurs Pokémon pour affronter les agents de sécurité qui débarquaient de plus en plus nombreux. Le professeur remarqua directement que, s’ils étaient bien quatre humains, il n’y avait que trois Pokémon à combattre. Cela paraissait être du gâteau, mais les inconnus encagoulés étaient armés de petites sphères qu’ils lançaient à loisir, endormant les Pokémon et les gardes. Le professeur Higgs resta muet devant la situation pendant presque une minute avant que le Ministre de la Justice ne le sorte de ses réflexions.

- Que vous veulent-ils ?
- Je n’ai que des hypothèses pour vous répondre
, déclara le professeur sans quitter les écrans des yeux.
- Ils n’ont sûrement pas choisi le quatrième par hasard, qu’est-ce qu’ils pourraient y trouver ?
- C’est là que sont stockés nos cobayes vivants
, répondit l’homme.
- Alors c’est surement une organisation qui lutte contre la violence sur les Pokémon, proposa le Ministre. Ils sont là pour manifester et libérer vos expériences, surement. C’est déjà arrivé, je crois ?
- Certes, mais nous avons affaire à une bande bien plus organisée que les hippies habituels
, répondit le vieillard d’un ton agacé. Amos.

Soudain, un Noctunoir sembla surgir de nulle part à côté de son vieux maitre, faisant sursauter le Colonel. Le Pokémon était imposant et se tenait dans la même posture que son vénérable dresseur, droit, les mains croisée derrière le dos.

- Amos, va prévenir Pandora. Je veux qu’elle se rende au quatrième étage et qu’elle arrête ces individus. Ensuite, tu visiteras les autres étages à la recherche d’autres intrus.

Le Pokémon ferma son œil unique tout en s’inclinant légèrement puis partit comme il était apparu, s’effaçant en un instant.

- Vous pensez qu’il y a d’autres intrus ? s’étonna Marcus Cornell.
- Je ne pense pas, répondit l’homme. J’en suis certain. Quelqu’un a piraté nos caméras et repasse en boucle les mêmes images. C’est comme ça qu’ils sont arrivés sans se faire remarquer.
- C’est plutôt ingénieux, commenta le Colonel.
- C’est vrai, Mr Cornell, c’est ingénieux, confirma le professeur Higgs en se tournant vers lui. Mais alors, pourquoi ne pas en profiter pour faire de même avec le quatrième étage, si ce n’est pour y attirer toute notre attention ?

Le ministre Cornell déglutit. Décidemment, le vieux Higgs était encore perspicace. Il attendit qu’il se retourne avant de plonger ses mains dans ses poches et continua de regarder l’écran.



- C’est par là, lança le premier homme en indiquant une porte dans un couloir.
- Tu es sûr, Dardargnan ? bougonna le second homme.
- S’ils n’ont rien déménagé depuis le départ de Dorothéa.

Les deux hommes encagoulés étaient âgés respectivement de 62 et 87 ans. Ils ne pouvaient pas voir le visage de l’autre, mais c’était bien inutile, car ils se connaissaient depuis maintenant plus de cinquante ans pendant lesquelles ils en avaient tous les deux vu des vertes et des pas mûres. Ils étaient accompagnés d’un Métang, qui appartenait au plus « jeune » des deux. Ils avaient laissé leurs associés divertir les gardes au quatrième étage et, couvert par le piratage d’une autre amie, ils parcouraient le septième étage afin d’atteindre leurs objectifs.

Les renseignements fournis par Dorothéa Crowfoot s’avérèrent exact. L’ordinateur central de la Sylphe Sarl se trouvait bel et bien derrière la fameuse porte que le Métang défonça à coup de poings et de griffes. Comme prévu aussi, la salle était normalement remplie de faisceaux lumineux très dangereux, mais encore une fois, ils avaient prévus le coup. Kate, non contente d’avoir piraté les caméras, avait aussi réussi à annuler ces dispositifs de sécurité.

- On ne craint rien ? demanda le vieillard.
- Rien du tout, répondit une voix dans son oreillette. Enfin, tant que vous ne restez pas plus de trois minutes sur place, parce qu’un autre système indépendant risque de les relancer sans que je ne puisse rien y faire.
- Et en plus, Typhlosion vient de m’envoyer un message sur Pokématos
, signala le sexagénaire. « Il C ». On ferait mieux de se dépêcher.

Il se dirigea d’un pas décidé vers le fond de la salle, qui était protégé par une vitre en verre sur laquelle se trouvait un écran d’ordinateur affichant une partie d’échec.

- Qu’est-ce que c’est ? s’étonna le vieillard.
- Aucune idée, Kate, tu peux nous ouvrir ?
- Négatif.
- Quoi ?
- Ce système-là n’est pas connecté. Il est complètement indépendant.
- Merde… Métang !


Les deux hommes reculèrent et Métang se mit à rouer la vitre de coups. Mais celle-ci ne paraissait rien ressentir du tout. Ce n’était pas comme ça qu’ils allaient la briser.

- Merde, merde, répéta le propriétaire du Pokémon.
- Ce n’est pas grave, Otaria, dit le vieillard en lui posant une main sur l’épaule. On réessayera une autre fois…
- Non, on n’aura pas d’autres occasion, Al’ !
- Appelle-moi Pharamp !
- Si tu veux
, soupira le sexagénaire. Tu peux pas essayer de résoudre le problème de l’écran ?
- Je … Je peux essayer…


Le vieil homme encagoulé se rapprocha de l’écran sur lequel figurait toujours la partie d’échec. Métang ne l’avait pas abimé. Il regarda le plateau et, de l’index, déplaça un fou d’une case à une autre sur l’écran tactile. L’image changea alors subitement pour en donner une autre, correspondante à une nouvelle partie d’échec, ainsi qu’un compteur qui affichait 1/5. L’autre homme poussa un cri réjoui et regarda son aîné résoudre la seconde et la troisième partie avec simplicité. Il resta plus longtemps sur la quatrième, hésitant. Il finit par la résoudre et se retrouva face à la dernière partie avant l’ouverture de la porte.

- Voilà qui est plus compliqué, bredouilla le vieillard.
- Allez, Al’, je crois en toi !
- Plus simple de croire que d’affirmer…


Il regardait le plateau et l’analysait. Des centaines de possibilités existaient et une seule permettait de mettre Echec et Mat. Mais laquelle ? Il n’en avait aucune idée.

- Je… Je suis désolé, Teddiursa, mais je n’y arrive pas…
- Tu ne vas quand même pas abandonner !?
s’exclama le sexagénaire. C’est notre seule chance ! Penses à tous ces gens !
- Je ne fais que ça depuis toutes ces années…
se lamenta l’homme.
- Al’, bon sang, tu ne vas pas te laisser abattre par un jeu de société ! Je suis sûr que tu peux y arriver !
- Je …
- Allez, merde, papa !


Le vieillard sembla brusquement se ressaisir. Il fixa à nouveau l’écran. Les possibilités passaient dans sa tête à une vitesse pharamineuse. Enfin, d’une main tremblante, il déplaça un simple pion, ce qui provoqua l’échec et mat ainsi que le déblocage de la porte vitrée. Les deux hommes et Métang se précipitèrent à l’intérieur et le sexagénaire y connecta une clé USB tandis que son père pianotait au clavier.




Les corps s’entassaient de plus en plus au quatrième étage. Les agents de sécurité comme leurs Pokémon ne pouvaient résister au gaz Soporifik que leur lançaient les deux humains, sans oublier le Métamorph et le Zoroark qui se faisaient passer comme tel. Il ne leur restait cependant plus beaucoup de munition.

C’est alors que le flot de nouveaux arrivants cessa brusquement. Il y avait là une pile d’endormis qui gisaient à terre. Billy, sous sa cagoule, poussa un long soupir de soulagement et présenta sa main à sa collègue pour qu’elle tape dedans, mais celle-ci ne lui prêta aucune attention, aux aguets. Amonistar, Arbok et Mélodelfe ne s’étaient battus que le temps que leurs opposants soient mis hors d’état par le gaz et ne présentaient que des blessures légères.

Soudain, Mélodelfe poussa un cri de douleur. Le Pokémon avait les mains plaquées sur son visage. Un Kunaï était enfoncé dans son œil droit. La femme se précipita sur son Pokémon pour lui retirer l’objet, provoquant une nouvelle plainte et une petite effusion de sang. Billy vit alors une inconnue aux cheveux roses avancer calmement vers eux, un Kunaï entre chaque doigt.

- On dirait que la cavalerie est arrivée, dit-il en plissant les yeux.

Il tenta d’attraper une des dernières sphères qui leur restait, mais un nouveau projectile se planta dans la manche de son bras tendu, et à son tour il poussa un cri de douleur. Sa collègue releva la tête de son Pokémon, horrifiée de la situation. Pandora, elle, n’exprimait aucun sentiment et gardait une expression froide et sérieuse sur le visage, même quand Arbok se jeta sur elle pour venger son dresseur. Elle se contenta de reculer en faisant un bond impressionnant en arrière, avant de relancer plusieurs Kunaï qui se plantèrent à divers endroits du long corps du serpent. Mais celui-ci continua à charger la sœur Joëlle sans trahir le moindre signe de douleur.

Alors qu’Amonistar allait aider Arbok et que Mélodelfe était retournée dans sa Poké-Ball, la propriétaire de cette dernière appliquait un morceau de tissu comme pansement de fortune pour soigner le bras de Billy. Celui-ci avait perdu toute gaieté et regardait Pandora esquiver et attaquer les Pokémon avec une expression mauvaise. Il allait dire quelque chose quand ils sentirent tous les deux leur Pokématos vibrer dans leur poche.

- Ils doivent avoir terminé… chuchota la femme encagoulée. On se replie.
- Et on fait comment avec cette folle ?
demanda Billy.
- On lui lance ceci, répondit la femme en sortant une sphère de couleur verte.
- Ha, t’as fait un prototype ? s’exclama Billy en voyant l’objet.
- Je cherchai justement quelqu’un pour la tester.

Elle se retourna et s’apprêta à lancer le mystérieux objet. Pandora la remarqua juste avant qu’elle ne passe à l’action et, tout en esquivant de justesse les crocs d’Arbok, elle projeta une de ses lames au moment où son adversaire lançait son objet. Le Kunaï déchira la cagoule de la femme, tout en laissant derrière lui une vilaine coupure au niveau de la joue. La sphère, elle, explosa, libérant un nuage de poudre de couleur verte et orange. Pandora toussa trois coups avant de s’effondrer à son tour, dans les pommes. Arbok et Amonistar, quant à eux, ne semblaient pas ressentir les effets des Spores utilisées dans la petite bombe.

La mystérieuse femme plaqua sa main contre sa joue mais ne laissa échapper aucun bruit pour manifester sa douleur. Billy et les Pokémon la regardaient d’un air inquiet mais elle se contenta de montrer les escaliers du doigt. Ils devaient maintenant se rendre au troisième étage, en évitant si possible de finir piégés dans un ascenseur bloqué à distance.



Les deux autres hommes encagoulés venaient de récupérer ce pourquoi ils étaient venus. Ils étaient sortis de la pièce une dizaine de secondes avant la réactivation du système de sécurité et déboulaient maintenant les escaliers en direction du troisième étage. Ils devaient faire vite car chaque seconde comptait, même s’ils n’étaient plus de première jeunesse.

Soudain, un imposant Noctunoir apparut devant eux, faisant barrage au milieu des marches. Les deux hommes se figèrent et Métang se jeta sur lui pour dégager le passage. Mais le Spectre attrapa les deux bras de Métang et l’immobilisa sans difficulté. La bouche au niveau de son ventre s’ouvrit alors largement et le Noctunoir commença à charger une Ball’Ombre. Métang se débattit pour échapper à l’étreinte mais sans résultat. Il prit l’attaque de plein fouet et cessa de résister, incapable de se battre plus longtemps. Le sexagénaire poussa un cri de colère en rappelant son Pokémon dans sa Poké-Ball, puis le Noctunoir l’attrapa de ses deux mains par le cou. Il serrait et serrait encore de plus en plus le vieil homme qui suffoquait, incapable de réagir, ses coups de pied paniqués passant littéralement au travers du corps de Noctunoir. Il sentait sa dernière heure arriver.

Mais heureusement, le Pokémon le lâcha brusquement. Sa victime tomba à terre et inspira de grands bols d’airs pour reprendre son souffle. Entre lui et Noctunoir se dressait maintenant un Chapignon avec une pipe dorée en bouche. Il se tenait prêt à combattre, dans une position de boxeur. Noctunoir sembla troublé de voir ainsi ce Pokémon. Le vieillard était quant à lui prêt à donner des ordres à son partenaire pour affronter le Spectre.

Mais au lieu de repartir à l’assaut, le Noctunoir se mit à s’effacer, lentement. Alors qu’il disparaissait, les deux hommes l’entendirent distinctement ricaner. Ils restèrent quelques secondes sans bouger, puis s’élancèrent à nouveau dans les escaliers.

Lorsqu’ils arrivèrent au troisième étage, leurs deux comparses les attendaient dans la cage d’escalier. Métamorph et Zoroark étaient revenus dans leurs Poké-Ball, conformément au plan. Ils n’attendaient plus que le signal de Kate qui allait relancer les caméras normalement pour se précipiter vers leur porte de sortie. Lorsque leur Pokématoss vibra à nouveau, ils passèrent la porte et se mirent à courir vers le fond du couloir où se trouvait une fenêtre qu’ils ouvrirent. Billy et la femme blessée à la joue aidèrent les deux plus vieux à passer à travers la fenêtre, là où les attendaient les trois Rapasdepic de Billy et un Déflaisan appartenant à la femme. Celle-ci fut la dernière à sortir, atterrissant sur le dos de son Pokémon, qui s’envola pour rejoindre les autres sous la pluie de l’orage. Des conditions de Vol qui n’étaient certes pas idéales, mais ils n’avaient pas le choix.



Depuis le dernier étage, le Professeur Higgs et le Ministre Cornell avaient assisté à cette dernière scène en regardant les écrans. Le vieillard avait déjà appelé une équipe de secours sur place pour soigner Pandora et les autres agents de sécurité qui avaient été malmenés par ce commando surprise. Il paraissait assez désappointé par la situation et, au lieu de finir son verre de vin, il attrapa une bouteille d’Essence de Maracachi qu’il descendit en moins de temps qu’il n’en aurait fallu à Marcus Cornell.

- Ils sont toujours restés quatre, fit remarquer ce dernier. Je ne pense pas qu’ils se soient rendus autre part. Ils ont vu qu’il y avait des gens dangereux pour tenir la sécurité en voyant votre infirmière à l’œuvre et ils ont préféré la fuite, c’est tout.
- J’en doute, mon très cher Colonel…
répondit le vieillard avec une pointe d’amertume. La soirée risque d’être encore longue pour moi, je ne vous retiens pas plus longtemps.
- Vous êtes sûr de ne pas avoir besoin de moi ?
proposa Marcus Cornell. Je peux vous aider à réparer les dégâts ou…
- Vous aurez ma déposition dans votre service bien assez tôt
, répliqua sèchement le vieillard.

A nouveau, le Colonel ne se sentait pas du tout à l’aise. Il déposa son verre et se dirigea vers la porte avant de jeter un dernier regard vers le ministre de la Santé. Celui-ci lui tournait le dos et fixait à nouveau le ciel. Peut-être essayait-il de voir les quatre oiseaux dans l’espoir que l’un d’eux finisse griller par un éclair. Le Colonel ferma la porte derrière lui et se dirigea vers la sortie conventionnelle avec hâte.

Le professeur Higgs ne resta pas seul longtemps. Son Noctunoir apparut à ses côtés exactement de la même façon que la dernière fois.

- Alors, Amos, aurais-tu eu la chance de revoir de vieux amis, par hasard ?

Pour toute réponse, le Pokémon se mit à ricaner. Son maître poussa un long soupir.

- Je suis ravi de savoir que tu es encore en vie, mon très cher Aldebert Caul…